Le Rougegorge et le Chironome

Article de Michel Brulin (OPIE), Photos de Michel Noël, membres du Collectif du lac de Créteil.
samedi 22 mai 2021
par  Michel, Michel BRULIN
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Le Rougegorge familier et le Chironome

Ce pourrait être le titre d’une fable qui mettrait en scène des animaux pour illustrer les coutumes sociales ou les déboires du monde. Mais c’est bien dans le concret que ces deux acteurs se rencontrent, pour le bonheur de l’un et le malheur de l’autre sans doute. Illustration classique des chaînes alimentaires et des gigantesques réseaux qu’elles constituent. Bref, le rougegorge mange des chironomes.

Il pourrait en manger un de temps en temps. Mais non, les chironomes sont en nombre en ce moment et les petits rougegorges sont blottis dans le nid, attendant leur pitance. Et pour leurs parents l’occasion est belle de profiter de cette manne, et remplir leur mission au moindre coût énergétique.

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Les chironomes sont des insectes munis uniquement de deux grandes ailes membraneuses utilisées pour le vol (ordre des Diptères), les deux autres étant beaucoup plus petites et transformées en balanciers équilibrant l’animal. -* Leur cycle de vie s’établit en une succession de quatre phases :

  1. œuf pondu dans l’eau, éclosion et croissance d’une
  2. larve aquatique (souvent appelée ver de vase), transformation en une
  3. nymphe qui remonte à la surface et libère un
  4. adulte ailé assurant la reproduction et la génération suivante.

Avec plus de 25 000 espèces mondiales, dont près de 850 en France, la diversité est grande à la fois par la forme, la taille (adulte de 2 à 12 mm) et la couleur, que par le milieu de vie : lacs, étangs, mares, flaques, fossés, ruisseaux, torrents de montagne, fleuves, mousses humides et même estuaires marins…

  • Chaque espèce a une saison particulière pour l’émergence des adultes, y compris en hiver aux heures les moins froides de la journée.

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Le Lac de Créteil n’échappe pas à la règle et possède ses espèces de chironomes, généralement de grande taille.

  • Selon l’époque de leur cycle, les mâles volent en essaims compacts, parfois de milliers d’individus, à proximité des berges et repèrent les femelles à l’aide de capteurs de leurs deux antennes plumeuses.
  • L’accouplement suit la rencontre en vol, les mâles meurent et les femelles pondent leurs œufs dans l’eau, rassemblés en une masse gélatineuse.
  • Après leur éclosion, les larves creusent des galeries dans les sédiments meubles du fond et les berges (vase, limon…) qu’elles tapissent souvent de soie, s’y nourrissant de débris organiques, d’algues microscopiques, de bactéries…

Mais cette explosion de vie ne dure que quelques jours voire semaines par an, les adultes ayant une vie brève. C’est donc un moment privilégié pour leurs prédateurs : oiseaux, chauves-souris, libellules, araignées, musaraignes… dont les étapes importantes de leur vie (croissance, élevage des jeunes) sont couplées à ce phénomène.

Les Chironomes sont rassemblés en une seule famille de Diptères, différente de celle des moustiques avec lesquels on les confond souvent. Les adultes ont une vie brève, et ne s’alimentent pratiquement pas et sont incapables de prélever le sang d’un autre organisme.

L’Homme se dit souvent dérangé ou incommodé par ces insectes (qui ne piquent pas !), quelques-uns entrant dans les maisons, attirés par la lumière ou les murs blancs, et par les essaims du bord de l’eau. Un insecticide répandu dans les milieux aquatiques règlerait très vite le « problème ». L’usage est tentant et est un grand classique.

  • Mais avec lui c’est la famine pour toutes les espèces qui traquent le chironome et la chute de leurs effectifs ; ou de sérieux ennuis de santé par le cheminement des nouvelles molécules libérées dans les chaînes alimentaires
  • Et un obstacle supplémentaire à la vie des plans d’eau, les larves de nombreuses espèces de chironomes s’accommodant des étangs pollués dont elles sont l’un des premiers maillons de la régénération, par la filtration de l’eau et les galeries creusées dans la vase ouvrant la voie à d’autres décomposeurs (bactéries…).

Au lieu d’une fable le rougegorge et le chironome ne sont donc tout simplement que des acteurs du vivant et des observateurs des ambiguïtés humaines d’un jour ordinaire sur Terre.


Pour en savoir plus

  • Pour les experts

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The CHIRONOMUS Journal of Chironomidae Research is devoted to publishing peer-reviewed research articles related to all aspects of chironomid research. The journal also serves as an updated news bulletin for the Chironomidae research community. The journal has one issue per year, but articles are published online continuously after they are accepted. The journal is open access, and can be downloaded freely from this website. All research articles submitted to CHIRONOMUS Current Reseach section are subject to peer-review. There are no page charges for manuscripts accepted for publication.


Auteur
Michel BRULIN
  • Membre du Collectif du lac de Créteil.
  • Pilote de l’inventaire national des éphémères de France (programme invfmr)

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  • Coordinateur du groupe de travail « Opie-benthos » ayant pour objet une meilleure connaissance des insectes aquatiques au sein de l’Opie.
  • OPIE-BENTHOS
    Maison des Insectes
    Chemin rural n°7 - BP30
    78041 GUYANCOURT cedex


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